Avec l’arrêt du Tribunal de l’Union européenne du 3 septembre 2025 confirmant la validité du « EU US Data Privacy Framework » (abrégé « DPF »), une certaine stabilité semble enfin revenir concernant le transfert de données personnelles vers les États-Unis. Ces transferts ont principalement lieu parce que les entreprises européennes utilisent massivement les services de sociétés américaines telles que Microsoft, Google ou Salesforce, dont les services cloud traitent des données personnelles sur des serveurs situés aux États Unis.
Les entreprises européennes peuvent continuer à s’appuyer sur le DPF comme fondement pour garantir un niveau de protection adéquat lors des transferts de données entre l’UE et les États Unis. Pour la première fois depuis longtemps, elles semblent pouvoir compter à nouveau sur une certaine sécurité juridique dans l’utilisation de fournisseurs technologiques et cloud américains — du moins en apparence.
L’échange de données personnelles entre l’UE et les États Unis a un passé mouvementé. Les cadres juridiques régissant ces échanges ont été invalidés à deux reprises par la Cour de justice de l’Union européenne dans les affaires marquantes Schrems I (2015) et Schrems II (2020).
Selon la Cour, la législation américaine n’offrait pas des garanties suffisantes contre l’accès étendu des services de renseignement et de sécurité américains aux données personnelles. En outre, les citoyens européens ne disposaient pas de moyens adéquats pour contester juridiquement une telle ingérence.
À la suite de ces critiques, le gouvernement américain a mis en place d’importantes réformes. Des règles plus strictes ont été imposées aux services de renseignement, mettant l’accent sur les principes du RGPD en matière de proportionnalité et de nécessité. Par ailleurs, une nouvelle juridiction, la « Data Protection Review Court » (DPRC), a été créée afin d’offrir aux citoyens européens la possibilité d’engager une action juridique contre un accès illégal à leurs données personnelles.
Sur la base de ces réformes, la Commission européenne a estimé, le 10 juillet 2023, que les États Unis garantissaient à nouveau un niveau de protection adéquat. Le « EU US Data Privacy Framework » est alors entré en vigueur et a fourni un cadre juridique pour le transfert de données personnelles de l’UE vers les États Unis.
Cette décision a toutefois suscité immédiatement de vives critiques. Un citoyen français, M. Latombe, n’était pas d’accord et a saisi le Tribunal de l’Union européenne. Selon lui, la DPRC ne pouvait être considérée comme une véritable juridiction indépendante et impartiale, l’organe étant trop étroitement lié au pouvoir exécutif. Par ailleurs, il estimait que la législation américaine ne prévoyait pas suffisamment de garanties contre l’interception massive de données (« bulk data interception ») par les services de renseignement et de sécurité, pouvant intervenir sans contrôle judiciaire préalable et effectif.
Le Tribunal a récemment jugé que les arguments de M. Latombe n’étaient pas fondés et a rejeté son recours en annulation. Concernant l’indépendance de la DPRC, le Tribunal a estimé que les juges bénéficient de garanties suffisantes pour exercer leur fonction en toute indépendance, notamment en raison de leur procédure de nomination et de la protection contre la révocation arbitraire.
En ce qui concerne l’interception massive de données, le Tribunal conclut que la législation américaine, telle que modifiée après Schrems II, prévoit désormais des limitations et des mécanismes de contrôle conformes aux exigences du droit de l’Union en matière de proportionnalité et de nécessité.
Cet arrêt est salué par certains comme une « victoire » pour la libre circulation des données entre l’UE et les États‑Unis, après les précédentes « défaites » (dans Schrems I et Schrems II). Toutefois, il convient de faire preuve de prudence avant de considérer l’arrêt‑Latombe comme une approbation définitive et exhaustive du DPF.
En effet, l’arrêt du Tribunal est susceptible de faire l’objet d’un recours devant la Cour de justice, et celui‑ci pourrait encore être annulé par la plus haute juridiction européenne. Compte tenu de la jurisprudence antérieure, il n’est nullement exclu que la Cour soulève une nouvelle fois des critiques concernant les garanties offertes par les États‑Unis.
En outre, le Tribunal ne s’est prononcé que sur la validité de la décision d’adéquation de la Commission, et non sur son application concrète dans des cas individuels.
Les entreprises européennes qui transfèrent des données personnelles vers les États‑Unis restent dès lors tenues de procéder elles‑mêmes à une analyse approfondie des risques et de mettre en place, lorsque cela s’avère nécessaire, des garanties supplémentaires.
Pour toute question relative à la protection des données et aux transferts en dehors de l’EEE, n’hésitez pas à contacter notre équipe PKF BOFIDI Legal — nous serons ravis de vous assister.
Pour un rappel des règles du RGPD, vous pouvez consulter notre précédent article.
Cet article a été rédigé par Lauranne Piotrowski.